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Citoyens et jeunes en Europe : pour un débat démocratique européen

Selon certains commentateurs, le pessimisme est aujourd’hui à la mode chez les jeunes. En effet, ceux-ci croulent sous les nouvelles inquiétantes  quant à l’avenir de leur continent. Ils ne doivent cependant pas se sentir freinés par ce pessimisme cynique. Un regard critique à l’égard de la démocratisation de l’Union européenne ne va pas à l’encontre d’une promesse de progrès. Bien au contraire.

Le 26 juin dernier, M. Barroso et M. Van Rompuy ont mis sur la table leur projet pour l’avenir de l’Union monétaire européenne. Toutefois, le rôle que joue la  démocratie a été en grande partie perdu de vue.

En résumé, nous pouvons dire que le projet pour l’ du futur propose une série de nouvelles compétences européennes axées sur la gestion de la dette publique et du budget de ses États membres.  En tant qu’héritiers de la dette, nous, les Jeunes Européens Fédéralistes, nous réjouissons naturellement que cette proposition puisse considérablement  étendre ce dynamisme aux défis futurs. Toutefois, la faible légitimation de cette proposition suscite beaucoup d’inquiétudes. L’absence du citoyen ainsi que le manque de démocratie offrent en effet un contraste saisissant avec l’élargissement important des compétences dans ce projet.

Dans le cadre d’une reprise économique de l’Europe, l’optimisme critique est de mise, bien plus que le cynisme. Même si cette crise ne peut qu’être enrayée par l’idée d’une « Europe plus grande », nous ne pouvons que nourrir de vives inquiétudes quant à la substitution de la démocratie nationale par la technocratie européenne. La véritable question est de savoir quelles sont les conclusions à tirer de ces inquiétudes ? Quelle direction voulons-nous faire prendre à l’Europe?

Démocratisation européenne

Toute personne qui participe au débat public sur l’avenir de l’Europe a déjà pu entendre maintes fois les chefs d’État et dirigeants européens affirmer que le fédéralisme et la démocratie constituent l’avenir de l’Europe mais que le moment opportun ne s’était pas encore présenté, tout simplement.

Si ce n’est pas maintenant, quand cela? Si aujourd’hui, l’Europe se voit conférer davantage de pouvoir et veut être soutenue par les citoyens, la mise en œuvre de nouvelles politiques d’intégration et de démocratisation ne peut plus être prorogée. Démocratie et politique sont indissociables. En effet, elles doivent évoluer ensemble, tendre vers un même objectif si elles ne veulent pas se défaire l’une de l’autre. C’est pourquoi les responsables politiques nationaux doivent exiger à la fois en Europe mais aussi au niveau national la représentation directe de leurs citoyens dans le processus décisionnel européen.

Comment pourrions-nous projeter l’Europe du futur autrement que par notre regard optimiste et critique.

Un président élu à la tête d’un gouvernement européen

« No tax without representation » (aucune imposition sans représentation). Tel était le mot d’ordre scandé par les colons américains dans leur course à l’indépendance en 1755.  Nous pouvons déjà entendre résonner au loin la pensée de Nietzsche sur le poids de l’éternelle répétition de l’histoire. Voulons-nous réellement octroyer à nouveau davantage de pouvoir au gouvernement sans obtenir un droit de parole en contrepartie ? N’avons-nous donc pas tiré les leçons du passé ?

Actuellement, le pouvoir politique est partagé entre le Conseil intergouvernemental, la Commission supranationale et le Parlement supranational, relativement faible. Il est nécessaire de clarifier ces relations. Il y a quelques semaines, le Président du Parlement européen, Martin Schulz, avait déjà proposé une piste intéressante. En effet, il propose un système bicaméral composé d’un  Parlement européen renforcé comme première Chambre et le Conseil comme Sénat. Vient s’y ajouter la Commission comme gouvernement européen responsable au Parlement dirigé par un président élu au suffrage universel direct.

Intérêt pour les élections du Parlement européen

Les élections européennes sont souvent reléguées au second plan par nos partis nationaux. Le Parlement européen est cependant le seul organe de l’Union européenne à être élu au suffrage universel direct. C’est pour cette raison qu’il suscite un intérêt plus grand de la part du citoyen. En outre, la compétition entre les partis politiques européens en campagne pendant les élections du Parlement européen est essentiel pour la démocratie, au même titre que l’est  la concurrence économique sur le marché unique pour l’économie européenne.

Un parlement transnational élu

L’intérêt qu’éveillent les élections du Parlement européen devrait augmenter grâce à  l’introduction d’une vraie liste transnationale européenne. Pourquoi, en tant qu’européen, pour les élections du Parlement européen, ne puis-je donner mon vote qu’à un francophone? Pourquoi un Britannique, un Allemand ou un Français ne représenterait pas mieux encore mes opinions au sein du Parlement européen ?

Actuellement, une proposition qui prévoit l’élection transnationale de 25 parlementaires est à l’étude. La question est de savoir si cette proposition sera effective pour les élections de 2014. De plus, elle se révèle être d’une importance symbolique sur un total de 748 parlementaires.

Un débat démocratique

Voilà la raison pour laquelle le débat démocratique européen en Flandre, en et en Europe est indispensable. Nous ne devons pas attendre nos responsables politiques pour commencer à débattre. Les citoyens créent en effet leurs propres espaces de débat.  Nous devons exiger une participation démocratique dans la politique européenne. Non au nom du pessimisme ou de la méfiance mais bien d’une foi empreinte d’optimisme dans les chances de réussite de l’Europe citoyenne. « Time to get angry » (Le temps est venu de manifester notre mécontentement), dixit le sociologue Ulrich Beck.  Selon son manifeste, l’Europe doit être construite par la base pour contrecarrer le modèle selon lequel  les élites et technocrates imposent le futur de l’Europe citoyenne contre la volonté des citoyens.

M. Barosso avait vu juste quand il affirmait peu avant le début du sommet européen que l’inertie n’était plus une option pour l’Europe. Nous voudrions cependant  lui rappeler que la perte de la démocratie  et, in extenso, la perte du citoyen l’est encore moins.

Peter Oomsels

Président des Jeunes Européens Fédéralistes – Belgique

*Merci à Luigi Sementilli et Olivier Croon pour la traduction de cet article