Belgique : une démocratie en danger ?

La Belgique, pilier de la construction européenne et capitale de l’Union Européenne, a

fait de la fédéralisation son modèle d’adaptation pour concilier identités et unité. Mais un

an après les élections de 2024, la question de la santé démocratique du pays se pose

avec acuité. Si les indicateurs affichent des résultats encourageants, une analyse du

terrain révèle des fissures inquiétantes, notamment dans le domaine médiatique et dans

l’autonomie universitaire.

Un score démocratique solide, mais une réalité en nuances

Selon l’Economist Intelligence Unit, la Belgique maintient un niveau de démocratisation

élevé, avec un score de 7,64 sur 10, légèrement supérieur à la moyenne européenne

(7,41) et nettement devant la moyenne mondiale (5,17). Cependant, cette performance

statistique masque des fractures politiques profondes.

Le paysage politique a été remodelé par la victoire du parti nationaliste flamand N-VA en

2024, plaçant Bart De Wever à la tête du gouvernement. Un an plus tard, un baromètre de

la RTBF confirme que le Premier ministre a réussi à désamorcer les craintes initiales,

inspirant une confiance relative en Flandre et, dans une moindre mesure, en Wallonie et

à Bruxelles.

La Belgique fédérale, maintenant divisé entre région Flamande, Wallone et Bruxelloise,

observe des dynamiques différentes selon les régions. En Flandre, le Vlaams Belang, parti

d’extrême droite identitaire et nationaliste, consolide sa position de seconde force

politique. Son accès au pouvoir reste bloqué par le « cordon sanitaire » opposé par

l’ensemble des autres partis. En Wallonie, la situation est différente : l’extrême droite y

est marginalement représentée, ne parvenant pas à obtenir d’élus, un phénomène rare

en Europe. Cette absence de représentation s’explique probablement par une double

barrière, à la fois politique et médiatique. Toutefois, on observe une porosité croissante :

certains anciens membres de partis d’extrême droite étant désormais intégrés au

Mouvement Réformateur (MR), la droite libérale francophone.

L’assaut sur la presse : entre financement et ingérence

Comme en France, la Belgique fait face à une remise en question croissante du

financement de la presse publique et à une infiltration d’idées populistes dans le débat

médiatique. L’ONG Reporters sans frontières note une baisse de la liberté de la presse

belge, le pays chutant de la 11e à la 18e place mondiale entre 2021 et 2025.

Les pressions sont multiples. D’abord, une ingérence transfrontalière : des cadres du

groupe Bolloré, connu pour ses positions favorables à l’extrême droite française, ont

intégré le conseil d’administration de 21 News, média francophone créé par un élu du MR.

Ensuite, la critique émane de l’intérieur même de la classe politique. Georges-Louis

Bouchez, président du MR, a vivement critiqué la RTBF, évoquant une « guerre culturelle »2

le visant personnellement et contestant l’ampleur des subventions publiques envers les

média, qu’il juge au détriment du pluralisme. Cette polémique a été amplifiée par une

altercation publique avec une journaliste après la publication d’un article sur l’utilisation

d’une carte PMR pour un véhicule de fonction lié au président du MR.

Ces critiques ont trouvé un écho chez Jacqueline Galant, Ministre wallonne du MR, qui a

proposé une réduction des budgets dédiés aux médias locaux, mesure dénoncée par

l’opposition comme une menace envers la liberté de la presse.

Les fissures du monde universitaire

L’université n’échappe pas à ces tensions. Bien que la Belgique obtienne un score de

95/100 à l’Index de liberté académique (Friedrich-Alexander-Universität & V-Dem

Institute), le Conseil des rectrices et recteurs francophones (Cref) a exprimé, en février

2025, une « vive préoccupation » face à la multiplication des attaques contre les

institutions universitaires.

Le communiqué du Cref pointe des campagnes de stigmatisation sur les réseaux sociaux

et des tentatives d’ingérence pédagogique. Le point de rupture semble avoir été atteint

après les propos de Georges-Louis Bouchez en janvier 2025, qualifiant l’Université libre

de Bruxelles (ULB) de « triangle des Bermudes » aux côtés de la RTBF et du Parti Socialiste,

l’accusant d’être inféodée à la gauche. L’ULB a réagi, dénonçant une atteinte à sa liberté

académique.

Par ailleurs, le contexte géopolitique a exacerbé les tensions sur le campus. Depuis

octobre 2024, les conflits à Gaza ont déclenché des mobilisations étudiantes massives

soutenu par le mouvement d’extrême gauche du Parti Ouvrier Belge (PTB). L’ULB et

d’autre université en Wallonie et en Flandre ont notamment été le théâtre d’occupations

de bâtiments suite au début de l’invasion de la bande de gaza par l’armée israélienne

ainsi que d’interruptions de conférences, dont une prévue avec Louis Sarkozy et Georges-

Louis Bouchez. Ces tensions ont souvent provoqué l’intervention de la police.

Conclusion :

La Belgique dispose d’atouts indéniables : des institutions solides et une culture

démocratique ancrée. Si elle partage avec ses voisins les défis de la défiance citoyenne

et de la polarisation, elle parvient globalement à maintenir le cap. Néanmoins, les

signaux d’alarme sont clairs : la contestation du financement de la presse publique et les

pressions sur le monde universitaire constituent des risques réels pour le tissu

démocratique. Comme le rappelle l’histoire, la démocratie n’est jamais acquise ; elle

exige une vigilance constante et une mobilisation collective pour être préservée.